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‘La fabrique de l’universel’: Réseaux supranationaux et ‘question urbaine’ au 20e siècle, un terrain d’histoire transnationale et ses développements Pierre-Yves Saunier pierre-yves.saunier@wanadoo.fr Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales Paris, France Cours Complementaire 2002-2003 English version (Urbi et orbi: urban matters in transnational context in the 20th century) of this syllabus |
SYLLABUS
Présentation | Modalités | Programme
| See also "The Other Global City: Transnational Connections and Urban Problems in the 20th century," containing additional comments on Saunier's current research on this topic at (in PDF format): http://www.univ-lyon3.fr/umr5600/chercheur/saunierproject.pdf |
Le cours proposé ici veut proposer une réflexion sur la texture et l’impact des réseaux transnationaux qui traitèrent de thèmes ‘urbains’ comme le gouvernement municipal, le logement et l’urbanisme, tout en les insérant dans les problématiques plus larges de l’universalisation des modes de gouvernement entre le début du 20e siècle et les années 1960. Le but sera de préciser le contenu, la forme et l’efficacité de ces réseaux, de comprendre ce qui y circule, ce qui s’y échange, de saisir les positions de leurs acteurs dans leur double acception nationale et supranationale. Nous explorerons le monde des congrès, revues, expositions, nous traînerons dans les couloirs d’institutions internationales comme la Société des Nations ou l’Unesco, nous pénètrerons par effraction dans les correspondances privées, découvrirons le petit monde des organisations internationales non-gouvernementales et suivrons de près le travail des grandes fondations philanthropiques états-uniennes. Nous voyagerons entre Bruxelles et Chicago, avec des arrêts en France, en Italie, en Suisse, en Amérique Latine. Le cours complémentaire proposé ici a pour objectifs le développement de la réflexion dans deux directions. Il s’agit à la fois d’explorer un terrain, mais aussi de tenter de saisir les possibilités, les contraintes, les faiblesses d’un angle d’approche. Terrain et angle se sont développés ensemble dans le cours de la recherche que je mène depuis environ 4 ans. Un intérêt pour les circulations entre cultures, nations, espaces m’a d’abord fait explorer cette dimension dans le secteur de l’urbanisme entre la fin du 19e siècle et les années 1960. A partir d’une analyse des circulations auxquelles participaient les milieux municipaux et civiques lyonnais, entre 1900 et 1940, m’est apparu le rôle structurant occupé alors par des grandes associations internationales comme l’Union Internationale des Villes ou la Fédération Internationale de l’urbanisme et de l’Habitation1. Par la suite, le constat du couplage entre les circulations internationales en matière d’urbanisme et de gouvernement municipal m’a fait élargir le terrain, ce qui m’a conduit à envisager la variété des vecteurs de ces circulations (revues, congrès, expositions, correspondances, échanges, voyages…) et le rôle d’autre organisations comme les organismes intergouvernementaux (Bureau International du Travail, Société des Nations, ONU, UNESCO…) ou les grandes fondations philanthropiques américaines. L’élargissement du terrain appelait alors un renouvellement en parallèle des outils et problématiques pour penser les enjeux généraux des circulations, transferts, re-appropriations, importations et exportations révélées par l’enquête historique. Les réflexions développées autour des circulations par les historiens du livre et de la République des Lettres, les études sur les vecteurs internationaux, les travaux sur les échanges entre Etats-Unis et Europe, les recherches sur les différents contextes d’échange entre nations, les explorations des circulations dans d’autres champs thématiques, la richesse des études sur la philanthropie américaine, les réflexions sur ‘l’exceptionnalité’ américaine me firent développer une réflexion sur le thème de la ‘fabrication de l’universel’, de la manière dont se définissent des consensus autour de normes, recettes, principes et du travail d’universalisation de ces consensus (avec les phénomènes de convergence et d’opposition que ce travail comporte). C’est dans ce cadre problématique général que j’ai développé mon travail ces derniers temps, et que se situent mes dernières publications2. En effet, le terrain urbain semble être une bonne occasion pour interroger un des moments historiques où divers acteurs, structures, agents, s’affrontent et se rejoignent dans le travail de définition de normes, de pratiques à vocation universelle, participant ainsi à l’écriture théorique et pratique de ‘l’utopie planétaire’. Il y a là une occasion de participer à ce qui serait finalement une histoire de la globalisation, autour du processus de constitution d’un référent transnational au 20e siècle, avec ses acteurs, contraintes, projets, limites, échecs. Les matériaux rassemblés dans ma recherche permettent par exemple de revenir sur le pouvoir structurant de certaines organisations états-uniennes dans la circulation planétaire, entre 1930 et 1960, d’idées, de schèmes et de structures liés à ce qu’on appelle en français les sciences administratives et en anglais la public administration. Bien sûr la définition de l’objet et du contenu de ces sciences, et la traduction même que je viens d’établir, est elle-même en débat dans ces milieux internationaux comme dans les contextes nationaux, un débat qui tourne bien souvent autour de leur rapport au pouvoir, de leur relation avec le droit, de leur ancrage disciplinaire. Néanmoins, la plupart de ces définitions concurrentes situent les sciences administratives comme les outils de la recherche de lois en matière d’administration, et considérent l’acte d’administration comme l’acte ultime du gouvernement dans les sociétés complexes du XXe siècle. C’est dans ce contexte que prend sens mon étude des aspects ‘urbains’ comme l’urbanisme, le logement ou le gouvernement municipal. Le terrain urbain ouvre aisni sur une thématique plus large, celle du gouvernement et de l’administration en général, la ville ayant été un terrain pour penser et tester des formules pour gouverner les hommes et administrer les choses. Cet aspect stratégique de l’urbain n’est d’ailleurs pas simplement une posture de recherche, mais il fut aussi une donnée essentielle de l’action de nombreux ‘réformateurs’ urbains, qui firent de la ville le support, terrain et ressort de leurs entreprises, dans cette proximité que le moment réformateur établit entre ‘question urbaine’ et ‘question sociale’. Ce constat est pertinent aux échelles nationales et supranationales, comme le travail des spécialistes américains de public administration le signifie, leur investissement urbain s’avérant une clé conceptuelle, politique et pratique pour leur action ultérieure au niveau du gouvernement fédéral américain mais aussi pour leur implication en direction des organisations internationales non gouvernementales et gouvernementales. Le terrain de ma recherche est donc ce monde d’associations, d’institutions, de revues, de contacts inter-individuels, et d’organisations où se croisent savants, fonctionnaires de tous niveaux de gouvernement, élus et amateurs, en un échange qui se systématise dans la période sur laquelle je me suis attardé. Les acteurs de ces scènes, transatlantiques et globales, sont bien sûr des individus mais aussi des collectifs comme les équipes de revues, les partis politiques, les Nations Unies ou l’Unesco, la Fondation Rockefeller ou la Fondation Ford, l’Union Internationale des Villes ou l’Institut International des Sciences Administratives, ou encore des gouvernements nationaux. J’ai commencé par prêter attention à trois secteurs thématiques, ceux du logement, de la planification et du gouvernement municipal, avec une attention plus marquée pour les deux derniers. Ensemble, ils me semblent donner accès aux formes et aux contraintes qui marquent plus généralement le marché des échanges internationaux d’idées et de structures. Et je suis donc en train d’élargir mes préoccupations à l’administration publique en général, en une réponse à la manière dont les questions furent posées dans la période qui m’intéresse, période que marque la croissance d’un ‘commerce transatlantique’ dans la sphère de l’administration. En une vingtaine d’années en effet, entre les années 1930 et les années 1950, et malgré la guerre qui rompt certains liens internationaux, la transformation est remarquable. Sur tous les terrains étudiés, les convergences s’affirment autour de thèmes comme l’organisation, la prévisibilité, l’efficacité, la rationalisation, la systématisation; les associations internationales changent leurs modes de travail et leur culture de l’échange en un mouvement qui va grossièrement du mondain au pratique, en même temps qu’elles s’insèrent dans un système de gouvernance planétaire en tant qu’ONG qui collaborent avec les gouvernement nationaux et avec les institutions internationales; enfin, se développe un marché international de la consultation en matière de gouvernement sur lequel les pratiques de transfert institutionnel prennent une dimension et des modalités nouvelles. Autrement dit, le terrain ainsi balisé est un lieu où explorer avec profit une notion telle que l’universalisation, avec ses épithètes cultuelles que sont la domination, la diffusion, l’imitation, l’hégémonie. Ce d’autant plus que sur toutes ces ligne d’évolution, on peut lire le poids des organisations états-uniennes. En effet, c’est entre 1930 et 1950 que commence un travail patient d’ingénierie intellectuelle, conceptuelle et organisationnelle, impulsé dans le champ qui nous intéresse par des organismes basés autour du département de science politique de University of Chicago. Ces organismes, qu’on peut qualifier pompeusement ‘de réformo-academico-professionnels’ en ce sens qu’ils mêlent action publique, dimension universitaire et représentation corporatiste, sont propulsés par les fonds mis à leur disposition par les grandes Fondations philanthropiques américaines, au premier rang desquels il faut distinguer la Rockefeller, la Ford et la Carnegie. Se met ainsi en place ce que l’on pourrait appeler un ‘Chicago consensus’ en matière de science, voir de pratique, administrative et gouvernementale, qui n’est peut être nulle part plus sensible que dans la politique menée par les organismes internationaux dans les années 1950 et 60, en particulier en direction des pays en développement. On comprend donc aisément qu’on se trouve ici dans l’entourage immédiat des notions d’impérialisme ou d’hégémonie américaine et/ou capitaliste. C’est là une lecture faite par les contemporains américains eux-mêmes lorsque les organisations philanthropiques des magnats de l’industrie s’intéressèrent au gouvernement et à ses arcanes. C’est là aussi une lecture qui fut celle de recherches comme celle de Robert Arnove ou de Berman, ou encore aujourd’hui de celles de Bryan Garth ou Yves Dezalay. La problématique de ‘l’Amérique dans les têtes’ est en effet passionnante, et a permis à ces auteurs et à d’autres d’identifier le rôle des grandes Fondations dans la mise en place d’une alliance internationale des élites professionnelles, de saisir ce que les rythmes et formes de l’universalisation doivent aux luttes nationales sur le terrain états-unien, de penser l’universalisation comme une décontextualisation conquérante de particularismes nationaux, de penser ensemble le rôle des Fondations, des institutions internationales et des lieux d’élaboration de la vulgate universalisatrice et de concevoir la prétention américaine à l’universel comme une des forces en lutte avec d’autres prétentions du même ordre. Tout cela est précieux, comme le sont aussi les travaux des amateurs d’histoire transnationale et des transferts institutionnels ou culturels, qui ajoutent à ce souci de la domination la volonté de saisir les formes de l’échange où l’universel se définit, les structures parfois structurantes qui portent les flux transnationaux, ou encore et surtout les usages différenciés de l’universel, qui peuvent faire de toute importation ou exportation un objet différent de celui que l’importateur et l’exportateur avaient en tête. Le récent ouvrage de Wade Jacoby sur les velléités américaines dans l’Allemagne occupée et les efforts ouest-allemands en direction de l’ex-Allemagne de l’Est ou celui de Richard Merritt sur l’occupation américaine de l’Allemagne contribuent à cela au même titre que les travaux d’Allan Mitchell sur le regard français vers l’Allemagne des années 1870, les recherches d’Eleanor Westney sur le Japon Meiji ou le beau livre de Richard Rodgers sur les échanges transatlantiques dans le domaine des politiques sociales. Surtout, ces travaux amènent la réflexion sur l’universalisation à approcher des concepts comme ceux de traduction, diffusion, fertilisation croisée, imitation, qui peuvent utilement aider à rendre raison des phénomènes concernés au même titre que le concept de la domination et de l’hégémonie. 1 Pierre-Yves Saunier, ‘Changing the city: urban international information and the Lyon municipality, 1900-1940’, Planning Perspectives, 14 (1999). 2 ‘Atlantic crosser. John Nolen and the Urban Internationale’, Planning History 21:1 (1999); ‘A tale of pendular times. On board the Spirit of Saint Louis with Daniel T. Rodgers’, electronic symposium of H-net lists around Daniel Rodgers, Atlantic crossings (Harvard University Press, 1998), (H-Urban: octobre 1999); avec Renaud Payre, ‘L’internazionale municipalista: L’Union Internationale des Villes fra 1913 e 1940’, Amministrare (Italie), anno 30 (gennaio-agosto 2000); ‘Sketches from the Urban Internationale. Voluntary societies, international organizations and U.S. foundations at the city’s bedside, 1900-1960’, International Journal for Urban and Regional Research, (Grande-Bretagne) 25:2 (juin 2001); ‘Selling the idea of cooperation. The U.S. foundations and the European components of the Urban Internationale (1920s-1960s)’, in Giuliana Gemelli, ed., American foundations and large scale research: construction and transfer of knowledge (Bologna: Clueb, 2001); avec Michele Dagenais, Irene Maver, et Stuat Sim, Municipal services and employees in the modern city: New historic approaches (Ashgate Publishers, à paraître octobre 2003); éditeur du numéro spécial de Contemporary European History, ‘Municipal connections: links, transfers and cooperation among European cities in the 20th century’, (novembre 2002); ‘Ulysses of Chicago: The American go-betweens of public administration, 1900-1960’, in Roy McLeod and Giuliana Gemelli, eds., American foundations in Europe: Grant-giving policies, cultural diplomacy, and trans-Atlantic relations, 1920-1980 (Bruxelles: Peter Lang, 2003). |
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Les séances seront organisées sur le schéma du ‘cours-discussion’, avec lectures obligatoires. Le terme n’est pas de pure convention. J’insiste sur ce fait qu’il ne me semble pas nécessaire de s’inscrire à ce cours si l’on n’est pas près à mener une lecture régulière des quelques articles ou chapitres qui formeront à chaque fois la base de notre échange. Lorsque des articles ou chapitres sont au programme, ils doivent tous être lus, et lorsqu’il s‘agit d’ouvrages on en lira au moins un. C’est autour de votre curiosité, de vos interrogations sur les résultats et les méthodes des auteurs que nous parcourerons ensemble, de votre analyse de leur travail, que peuvent prendre sens nos échanges qui ne sauraient se limiter à un solliloque de ma part. Cela ne m’intéresse simplement pas.Vous serez d’ailleurs amenés, lorsque cela sera possible, à discuter vous mêmes avec les auteurs qui viendront non pas présenter leurs travaux mais réagir à vos lectures. Votre grille de lecture devra donc intégrer les questions suivantes: outils et méthodes de l’auteur, problématique, problèmes soulevés par l’ouvrage (en lui-même et dans votre lecture, y compris les difficultés que vous avez pu éprouver et sur lesquelles nous pourrons revenir), relation au thème du séminaire en général et de la séance en particulier. La bibliographie ici proposée est trilingue (français, italien, anglais). La maîtrise d’au moins deux de ces langues est donc indispensable pour participer à ce cours IMPORTANT: Pour ceux qui le peuvent, merci de me contacter courant septembre par courrier électronique ou postal. Une réunion préalable pourra ainsi être organisée début octobre pour une présentation du cours et la distribution du CD ROM incluant l’essentiel des lectures obligatoires. |
Première séance. La fabrique de l’universel
Lectures obligatoires Lecture conseillées Lectures possibles
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Deuxième séance. Transferts, connections, dominations, histoire transnationale et autres réponses à la question ‘Comment contribuer à historiciser la globalisation?’ Lectures obligatoires Lecture conseillées Lectures possibles
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Troisième séance. Le berceau belge Lectures possibles |
| Quatrième séance. Le foyer chicagoan Lectures obligatoires Lectures conseillées Lectures possibles
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| Cinquième séance. Vecteurs I: les revues
Lectures obligatoires Lectures possibles
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Sixième séance. Vecteurs II: Congrès, expositions Lectures obligatoires Lectures conseillées Lectures possibles
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| Septième séance. Vecteurs III: Les entrepreneurs de l’universel
Lectures obligatoires Lectures possibles
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| Huitième séance. Structures I: Des associations aux INGOs
Lectures obligatoires Lectures possibles
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| Neuvième séance. Structures II: Les organisations intergouvernementales NB: La séance pourrait s’accompagner d’une visite à l’UNESCO (Paris) ou au BIT (Genève) Lectures obligatoires Lectures possibles
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| Dixième séance. Structures III: Les foundations américaines
Lectures obligatoires Lecture conseillées Lectures possibles |
| Onzième séance. Les mondes de la ‘réforme’ Lectures obligatoires Lectures conseillées Lectures possibles |
| Douzième séance. Connections municipales
Lectures obligatoires Lectures conseillées Lectures possibles |