1914, date marquant le début de la première guerre mondiale, consacre la 40 CV six cylindres comme " voiture de l'année ", mais aussi et surtout l'humble deux cylindres immortalisée par les célèbres " taxis de la Marne ". Il s'agit en fait de 1200 deux cylindres, qui réquisitionnées, avaient contribué au transport rapide et sans fatigue de 5000 personnes de troupes. Mais la participation de Renault à l'effort de guerre a été encore beaucoup plus importante.
En effet, la guerre va changer à la fois les rapports de Renault avec l'état, mais aussi la nature des productions des usines Renault.Un lien de plus en plus étroit s'établit entre l'état et les entreprises, qui vont participer de façon active à ce qu'on pourrait appeler la " production guerrière ". Le 20 Septembre 1914, le ministre Millerand décide de répartir la fabrication des obus par " groupes régionaux ". En 1915 se fonde le Groupement des constructeurs français d'armes portatives, puis par la suite le Groupement des constructeurs des moteurs d'avions. Les usines Renault entrèrent dans les deux groupements et dirigèrent même le premier...Louis Renault vient donc en tête de tous les constructeurs de guerre pour sa participation à l'effort de guerre de 1914 à 1918. Entre ces deux dates, l'activité purement automobile, comme on l'a vu dans les précédents paragraphes, est ralentie, sinon arrêtée. L'usine Renault se spécialise surtout dans la fabrication de camions, de chars, de moteurs d'avions et à la production de munitions. A un moment oû la fabrication automobile cède la place à l'effort militaire, une ligne mobile est utilisée pour produire des voitures. C'est ainsi qu'on observe chez Renault la structure d'une chaîne assez rudimentaire caractérisée par des châssis placés avec leurs roues sur de trétaux mobiles qui se déplacent sur deux rails ; ici le mouvement se fait manuellement.Il est à remarquer qu'en 1917, la standardisation fut imposée par les organismes, chargés des fabrications de l'aviation, aux entreprises. On peut dire que la guerre a été à l'origine de la création d'un ensemble politico-militaro-industriel, vu les liens personnels qu'entretenaient Louis Renault avec des ministres tels que Briand et A.Thomas. Cette guerre a également renforcé les liens entre les construteurs.
Suite à la mobilisation, les effectifs se sont réduits chez Renault, obligés par conséquent de changer les conditions de production. Ce n'est qu'en Janvier 1915 que Renault retrouve ses effectifs d'avant-guerre et qu'il peut également reprendre la construction de véhicules automobiles. Dès lors le personnel augmente de façon continu de 300à 500unités en moyenne chaque mois. Pendant ce temps l'organisation du travail change : 2/3 des effectifs forment les équipes de jour, 1/3 les équipes de nuit. Les équipe changent d'abord chaque quinzaine, puis seulement toutes les quatre semaines. La journée de travail quant à elle dure 12 heures. Les femmes tiennent une place de plus en plus importante dans la main-d'oeuvre. Les immigrés également prennent une place croissante dans la main-d'oeuvre. Cette transformation va permettre à Renault de reprendre et de renforcer sa marche vers la taylorisation et le travail en série. Mais cela n'aboutit pas pour autant à un taylorisme intégral ou encore à une grande série.
En outre, elle aboutit de fait à une américanisation progressive, mais irréversible du travail ouvrier.
La galerie des tanks chez Renault. Renault met au point un char léger (6 tonnes) menés par deux hommes, équipé d'une mitrailleuse ou d'un canon léger. En 1918 l'usine Renault en produit 18 par jour. Renault a-t-il inventé le char moderne ? (photo : Malet Isaac, Histoire contemporaine, édition 1930).
La guerre a également accentué la diversification des productions des usines Renault et aussi forcé la France, l'Angleterre et l'Allemagne à abandonner les marchés extérieurs à l'industrie automobile américaine. Ce qui lui a permis de creuser de façon définitive l'écart de l'immédiate avant-guerre entre elle et l'Europe : de 1914 à 191 sa production tripla. En contrepartie, les constructeurs français obtiennent l'élevation des droits de douanes sur les voitures importées à 70%. La guerre a également permi le développement du secteur de l'aviation chez Renault.En outre, elle est avec la politique industrielle de Louis Renault à l'origine d'une série de fabrications militaires nouvelles: les fléchettes, les obus, les armes portatives, des véhicules militaires, des canons 155 et à partir de 1917, les célèbres TANK 53.Enfin, du fait de la guerre, les usines Renault ont subi d'importantes mutations se traduisant par une extension des moyens de production à travers une extension du domaine foncier et la construction de nouveaux bâtiments. Cette mutation se caractérise également par la fabrication de matériaux de premières nécessité tels que des briquets, des creusets, des meules et enfin par l'installation d'une fonderie et la création d'aciéries ; ce qui fut d'ailleurs un échec. On peut donc parler ici de l'expansion de l'appareil de production.
Il est à remarquer que dès Novembre 1918, on dénote la présence d'un " véritable travail " à la chaîne d'usinage, ou les temps de chaque opération sont chronométrés et coordonnés. Cette chaîne est toutefois limitée car le système de convoyeurs rigides n'était adapté qu'aux petites pièces et ne pouvait se généraliser à l'ensemble du processus de fabrication.
C'est donc la première guerre mondiale et la demande massive
qu'elle suscite qui vont faire passer la méthode de Taylor,
les système de manutention mécanique et la production
à grande échelle dans les moeurs et les pratiques
de Billancourt.