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THIES/SENEGAL
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SAFIETOU DIOP presidente

LE Ministre de la famille et de la petite enfanceMme AWA.G.KEBE en compagnie
de la presidente

brochure sur femmes et leadership politique(elections locales)
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PLAIDOYER
A lintention
DES CANDIDATS (ES) AUX ELECTIONS
PRESIDENTIELLES DE FEVRIER 2000
« Tous les êtres naissent libres et égaux
en dignité et en droits.
Ils sont doués de raison et de conscience et doivent
Agir les uns envers les autres dans lesprit de fraternité
»
(Article premier de la Déclaration des Droits de lHomme)
*** -***
Les femmes veulent être plus visible
Reconnaître, Assumer et Consolider
L'exclusion fonde la légitimité de nos revendications
La communauté internationale va entrer de plein pied dans le troisième
millénaire. Cette échéance collective est placée
sous le signe du Progrès, de lÉgalité et de
la Justice. Pour nous les femmes, cette échéance doit marquer
la fin de lexclusion sous toutes les formes.
En février 2000, le Sénégal choisira celui ou celle
qui sera le Président de la République conformément
aux lois en vigueur.
Candidat (e) aux élections, partagez-vous notre rêve de traduire
lespoir en réalité ?
En tout cas, nous les Sénégalaises, nous comptons saisir
ce tournant décisif pour unir notre voix à la nôtre
et la faire entendre afin de briser les chaînes de lidéologie
patriarcale qui sopposent encore à notre participation pleine
et entière sur une base dégalité au développement
de ce pays.
Avec vous en effet, nous espérons que la Nouvelle Magistrature
Suprême de notre pays, la première du millénaire,
aidera la Femme à faire aboutir ses revendications légitimes
qui sont : Égalité, Développement et Paix.
La Femme sénégalaise espère que vous ferez du contenu
de cette lettre, un point de votre programme.
LES FEMMES VEULENT ÊTRE PLUS VISIBLE
Cela signifie concrètement pour nous :
RECONNAÎTRE NOTRE RÔLE ÉCONOMIQUE
Une recherche récente démontre quen vérité,
les femmes occupent une place centrale dans le tissu économique
depuis fort longtemps.
Dans une étude publiée en 1987, Jean-Pierre Biondi nous
rappelle que «en 1788, trois des plus gros armateurs noirs ou métis
de St-Louis étaient des femmes. Elles participaient directement
à la traite de la gomme, de la cire, des cuirs et du bois débène
».
Cest aussi connu aujourdhui, les femmes représentent
60% de la force agricole et fournissent prés de 80% de la production
des denrées alimentaires. Elles sont par ailleurs fortement présentes,
de manière informelle certes, dans lagriculture, la pêche
et lartisanat.
Lentreprenariat féminin reste encore timide mais voit apparaître
des leaders comme Adja Dior DIOP dans limport-export, Oumou SALAMATA
dans le textile ; Awa NDIAYE dans le bâtiment.
Ces quelques exemples sont révélateurs des immenses possibilités
qui dorment chez les femmes et qui ne demandent quà être
réveillées et encadrées.
RECONNAÎTRE NOTRE RÔLE POLITIQUE
Lhistoire de notre pays a retenu le rôle politique ; parfois
héroïque de nos femmes. On peut citer les linguères
du Cayor, les Awoos du WALO, Djembet MBODJ, Ndatté YALLA, Alin
Sitoye DIATTA, Adja Aram DIENE. Ces quelques figures modèles dengagement
; de courage et de loyauté ont laissé des empreintes indélébiles
dans notre histoire politique nationale.
Katy CISSE nous rappelle que «Lamine GUEYE dont le parti était
réputé être un parti de femmes se mobilisa en faveur
de loctroi du droit de vote des femmes. Lorsque le Conseil dÉtat
annula larticle 4 du décret du 19/02/45 qui excluait les
femmes des urnes, Lamine GUYE put assurer sa victoire grâce à
leur participation massive ; elles constituaient 21% de lélectorat»
(Cosef Info-Femmes et processus de prise de décisions-actes du
séminaire article des 30 et 31 mai 1996, p. 28).
Cette réalité demeure. La femme est encore la grande animatrice
de la vie politique. Mieux, elle constitue la majorité de lélectorat
qui élit les fonctions publiques de décision que sont celles
du Président de la République, des Députés
et Conseillers dans les collectivités locales.
RECONNAÎTRE NOTRE RÔLE SOCIAL
La femme assume sa fonction naturelle de reproduction de lespèce.
Par ses nombreuses tâches dites «domestiques », elle
entretient et renouvelle la force de travail nécessaire pour la
production.
Gardienne des valeurs, représentations et symboles sociaux, elles
veillent en permanence sur léquilibre social dans un contexte
de mutations et de crises profondes.
RECONNAÎTRE, ASSUMER ET CONSOLIDER
Des consensus théoriques, politiques, juridiques
ont, des dernières années, fait avancer tant soit peu, le
statut de la femme au plan international, régional et national.
AU PLAN INTERNATIONAL ET RÉGIONAL
Le lien entre Femme et développement est reconnu par la communauté
internationale. Comme indiqué dans la Déclaration et la
conférence Mondiale de Beijing : « lémancipation
des femmes et leur pleine participation sur un pied dégalité
dans tous les domaines de la vie sociale, y compris leur participation
au processus de décision et leur accès au pouvoir sont fondamentales
pour la réalisation de légalité, du développement
et de la paix. »
Les Nations Unies, depuis plus de deux décennies, essaient de susciter
et de soutenir la réflexion sur la nécessité de promouvoir
le Développement avec les femmes. Les conférences de Nairobi
en 1975, Mexico en 1985 et Beijing en 1995 et plus bientôt Beijing
5 en sont une parfaite illustration.
Dautres grandes rencontres du système des Nations Unies (sur
la population et le développement du Caire, sur lenvironnement
à Rio, sur le Développement à Copenhague, sur les
Droits de la personne à Vienne) ont largement tenu compte de lobligation
à placer toutes ces questions dans une perspective déquité
entre les genres, jugée à même daméliorer
lapport des femmes dans la communauté.
La même volonté sexprime dans les grandes coalitions
politiques. Nous pouvons lire dans la résolution de lInternationale
Socialiste de Budapest en 1994 un appel pour que les partis politiques
membres :
« appui le principe des quotas pour les deux sexes qui est généralement
compris comme augmentant la démocratie interne du parti
».
«demandent une augmentation de 10% des femmes candidates pour les
élections afin datteindre un équilibre des deux sexes
de 50/50 en lan 2000 ».
La Convention internationale sur lélimination de toutes les
formes de discriminations à légard des femmes pratiquées
par de nombreux états constitue un document de référence
pour légalité.
LOUA, émanation de la volonté politique de nos États
va bientôt intégrer dans sa Charte sur les Droits de lHomme
et des Peuples un protocole additif consacré aux droits de la femme.
. AU PLAN NATIONAL
Notre pays, le Sénégal affirme sa volonté de construire
un état de droit excluant toutes formes de discriminations. Il
a à cet égard ratifié des textes internationaux sur
légalité des genres supposée fonder les législations
nationales.
Des mesures politiques importantes ont favorisé la création
de plusieurs mécanismes dont un ministère de la famille,
de laction sociale et de la solidarité nationale ainsi que
la reconnaissance de la journée internationale de la femme et linstauration
dune quinzaine de la femme sénégalaise.
Plus récemment nous avons noté le vote de quatre(4) lois
relatives à la protection des femmes (sur lexcision, les
violences conjugales, le viol et le harcèlement sexuel), ce qui
constitue une avancée notoire.
La constitution du dernier gouvernement (1998) a permis à des femmes
daccéder à des portes feuilles naguère occupées
par des hommes (budget, communication
).
Ces dernières se sont acquittées de leurs fonctions avec
la rigueur et la compétence requise.
Cest pour nous loccasion de reconnaître le rôle
éminent des organisations de la société civile dont
la pression sur les états a aidé à favoriser la problématique
genre.
ENTRE LE DISCOURS ET LA RÉALITÉ
Malgré ces pas effectués, la femme sénégalaise
continue cependant de souffrir de lexclusion entretenue par lidéologie
dominante, soutenue par des anachronismes juridiques et institutionnels.
La discrimination est perceptible à tous les niveaux.
AU NIVEAU ÉCONOMIQUE
Comme partout ailleurs, lapport de la femme nest pas encore
suffisamment pris en compte par la comptabilité publique du fait
de son déphasage davec léconomie réelle
Le travail des femmes, pour une grande part, est encore souterrain et
parce que confinée dans linformel.
La femme sénégalaise ne peut encore accéder à
tous les emplois, au crédit bancaire, à la propriété
foncière et aux facteurs de production. Son faible statut économique
lexclue des garanties quexigent les institutions de crédit.
AU PLAN POLITIQUE
Les femmes sont encore fortement sous représentées dans
les sphères publiques de direction et de décision comme
en attestent les statistiques publiées par le GREF dans son étude
sur la place des femmes dans les sphères de décision en
juillet 1998.
On remarque la forte «masculinisation » des espaces de décision
sans commune mesure avec le poids démographique et électoral
des hommes qui, au regard des statistiques constitue la minorité.
La femme sénégalaise est pourtant souvent chef de famille
et gère la diplomatie sociale. Pourquoi ne pas prolonger ses aptitudes
dans la vie publique ?
Au-delà des modalités daccès des femmes au
pouvoir, il sagit de réfléchir sur la construction
dun développement durable qui ne saurait en aucun cas exclure
les intérêts stratégiques de plus de la moitié
de la population que sont les femmes.
AU PLAN SOCIAL
Les statistiques mettent en exergue la discrimination dans les domaines
de la pauvreté, de léducation et de la santé.
La perception de la sécurité sociale en Afrique donne à
la maternité un statut important. Les pressions font que la femme
na aucun droit sur la gestion de son corps. Elle doit faire le maximum
denfants (ou plutôt de garçons).
Son corps paie alors un lourd tribut dans un contexte de malnutrition
et de systèmes de santé précaires. Le résultat
est la mortalité maternelle élevée. Le risque de
mort à la couche est de 1/25 (contre 1/3000 en Occident).
Malgré leur apport important à travers leur fonction de
reproduction, de production et de gestion de la communauté, les
femmes ont encore un statut social peu enviable. Il sagit de regarder
la situation en face et dévaluer surtout lénorme
préjudice que la communauté paie à cette situation
qui maintient les femmes dans la pauvreté, loin des soins de santé
et de léducation.
En milieu rural, elles produisent les cultures vivrières, aident
et participent dans les champs des hommes aux cultures de rente. Pourtant,
elles bénéficient de moins de 20% de largent issu
de la vente de ces produits. Quand elles travaillent dans le secteur formel,
elles gagnent souvent moins que les hommes. Leurs rémunérations
sont de 50% inférieur à celles des hommes.
L'EXCLUSION FONDE LA LEGITIMITE DE NOS REVENDICATIONS
En conséquence, compte tenu
des engagements de la république au plan international ;
des dispositions de notre loi fondamentale assumant légalité
entre les citoyens ;
du consensus national pour lapprofondissement de notre démocratie
et de lénorme espoir quautorise le troisième
millénaire;
Nous exigeons
La prise en charge de nos intérêts pratiques c'est à
dire:
Légal accès aux ressources disponibles (emploi, terre,
crédits, logements
) ;
Une politique sanitaire prenant en compte les besoins spécifiques
des femmes en tant quêtre ayant un statut biologique différent;
Une politique en matière déducation orientée
vers la construction de léquilibre entre les sexes à
tous les niveaux de formation et l'élimination de lanalphabétisme
des femmes.
La renégociation de tous les cadres juridiques qui ne prennent
pas suffisamment en compte les intérêts des femmes ( code
de la famille, code du travail
)
. La prise en charge de nos intérêts stratégiques
Cette revendication est capitale et stratégique pour toutes les
organisations de femmes qui cherchent à établir légalité
dans la société sénégalaise.le discours et
les gestes concrets dans cette direction seront nos indicateurs pour détecter
les démocrates, les démagogues et les sectaires.
Cette revendication est importante car, comme le dit si bien notre sur
FATOU SARR : «aujourdhui, refuser dinscrire la question
centrale de la femme dans les axes et orientations stratégiques
des plans de développement, cest compromettre délibérément
le développement de la nation toute entière. Alors, il faut
réexaminer les stratégies en place et rendre à la
femme son statut de citoyenne ; cela implique le droit pour la femme de
participer à lélaboration des règles et normes
qui régissent la vie de leur collectivité et qui détermine
les modalités daccès aux ressources et services de
base » (Cosef Info Femmes et processus de prise de décision
actes du séminaire atelier des 30 et 31 mai 1996 p. 20)
Et, Marie A. Savané, une autre sur, nous rappelle tous les
avantages à tirer d'un pouvoir avec les femmes en ces termes: «
pour sortir de la crise et bâtir de nouvelles entités économiques,
l'Afrique devra parier sur l'extraordinaire potentiel que représentent
les femmes car:
Elles ont une culture de partage des savoirs et de la participation
Elles ont une intuition qui est source de créativité
Elles sont acquises au principe de l'égalité
Elles ont l'habitude de gérer la complexité
Elles savent s'adapter
Autant de qualités qu'exigent une civilisation de l'intelligence»
(extrait du discours d'ouverture du séminaire de YEWWU YEWWI sur
Culture en crise, Quelles alternatives pour les femmes 17-20/04/89)
Évidemment, il s'agira de nous approprier le concept d'empowerment
des femmes et de faire de la discrimination positive la modalité
pour la redistribution du pouvoir.
Nous exigeons un minimum de 30 % de femmes dans le gouvernement, le Sénat,
l'Assemblée Nationale, les collectivités locales, le commandement
territorial et la diplomatie.
Cela est très possible pour peu qu'on y mette la volonté
politique.
À l'échelle africaine, des exemples existent.
En effet, selon le rapport (1998) de la SADC sur le développement
humain, l'Afrique du Sud applique largement une politique de discrimination
positive et le système de quotas. Le parti au pouvoir, le Congrès
National Africain (ANC) réserve par exemple 30% des sièges
parlementaires aux femmes, ce qui est nettement supérieur à
la moyenne mondiale qui est de 10,5 %.
Dans les administrations locales, le nombre de femmes atteint 50%. Les
femmes occupent actuellement 38% des portefeuilles ministériels
en Afrique du Sud.
L'Afrique du Sud est une démocratie récente. La nôtre
est vieille. Sa prétention est de faire mieux.
Cher(e) candidat(e),
Ces exemples rencontrent sûrement votre adhésion et celle
de la mouvance générale. En effet, l'enquête BSDA
Nouvel Horizon (dont les résultats sont publiés par
le Nouvel Horizon - nº188 du 24 sept 1999 montre que la majorité
des personnes interviewées (49,9%) est même favorable à
l'élection d'une femme comme chef de l'Etat.
Nos revendications ne sont ni fantaisistes, ni utopiques au regard des
exigences de la communauté internationale quant à la question
des femmes pour le prochain millénaire.
Notre combat, celui du Collectif des Femmes pour la Défense de
la Famille (COFDEF), est aussi celui des organisations de femmes
et autres démembrements de la société civile.
Nous ne doutons pas un seul instant que ce combat pour une cause juste
sera aussi le vôtre parce que le combat pour l'égalité
n'est pas seulement celui des femmes. Il est d'abord celui d'une nation
qui entend relever les défis du millénaire pour son développement
harmonieux et durable.
Nous sommes sûres que la femme sénégalaise sera rassurée
de voir dans votre programme la prise en charge de nos revendications
après le 27 février 2000, quand, dans le cadre d'une nouvelle
magistrature choisie par le (la) citoyen(ne), le Sénégal
continuera la construction d'une nation de paix, de justice et d'égalité.
Nous sommes à l'écoute et vous prions d'agréer l'expression
de nos sentiments les plus respectueux.
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