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Interview: Mme Sy Kadiatou Sow

1-Madame pouvez-vous nous dire qui est Mme Sy?

Tout d’abord je remercie le COFEM de m’avoir choisi comme femme du mois. Je m’appelle Kadiatou Sow communément appelée Salama.
Je suis née le 7 Mars 1955 à Nioro du Sahel
Je suis Malienne, mariée, mère de trois enfants, musulmane.

2- Parlez-nous de votre formation et parcours professionnels.
J’ai eu mon bac en philo-langue en 1974 la maîtrise en 1978.
En 1979 : auditeur à l’I.A.E de Paris (Institut d’administration des entreprises).
D’ Avril 1980 à Juillet 1982 je suis le chef du personnel au projet Mali sud : Elevage de Sikasso.
De 1982-1986 : Adjoint administratif du Directeur Régional de la CMDT de Sikasso .
De 1986 à 1991 : Inspecteur à l’inspection générale de la Compagnie Malienne des Textiles (CMDT).
D’ Avril 1993 à Février 1994 : Gouverneur du District de Bamako : chef de l’exécutif régional et présidente du conseil du district de Bamako La première femme à occuper ce poste au Mali ; c’est sous mon mandat qu’à eu l’impulsion et le renforcement des GIE ( groupement d’intérêt économique) dans la gestion des déchets urbains, conduisant les populations dans la gestion de leur environnement ( collecte des ordures ménagères)
De février à octobre 1994 : Ministre des Affaires Etrangères des maliens de l’extérieur et de l’intégration africaine.
D’octobre 1994 à 2000 : Ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat.
Depuis mars 2001 : je suis directrice de l’UGF( unité de gestion du fonds de développement social ), chargé de la gestion du projet de réduction de la pauvreté au Mali. L’objectif spécifique du projet c’est de réduire la pauvreté, de renforcer les capacités institutionnelles et génératrices de revenus des populations cibles et améliorer l’accès aux services socio-économiques de base.

3-Nous avons constaté que vous avez occupé des postes où les femmes sont très souvent absentes. Quand pensez-vous ? et quelles sont vos forces ?
C’est dommage, parce que, réellement lorsqu’on voit le dynamisme des femmes maliennes et le sérieux qu’elles mettent au travail, surtout celles qui sont responsables, à qui on a fait confiance, c’est dommage ; il y aurait pu avoir beaucoup de femmes avant moi, même après moi à ces postes, mais je crois qu’il faut un début à tout. Je crois que à la faveur de la révolution de 1991, les autorités ont voulu faire quand même un témoignage en faveur des femmes, les encourageant, les incitant à s’engager .Comme j’étais dans le mouvement démocratique malien, membre de l’ADEMA (association),certainement c’est à cause de ça que j’ai été choisit comme gouverneur du district de Bamako, Ministre sous la 3ème République etc.….. Je crois que la force, c’est avant tout l’engagement qu’on a pour son Pays, quand on croit à quelque chose et qu’on le fait avec cœur, on a toujours un résultat même si on n’est pas satisfait dans l’immédiat, les autres le remarquent et ont confiance. Je pense que quelque soit le boulot qu’on exerce, si on le fait avec conviction, avec sérieux, on arrive toujours à laisser des traces et faire preuve de votre compétence. L’autre force, c’est que je crois avoir puiser dans le tréfonds culturel, la dose d’humanité qu’il faut pour travailler avec des gens plus âgés ou encore, une femme avec les hommes. Une autre force est aussi le soutien des autres femmes ; à travers moi elles se sentaient plus confiantes, plus responsables.

4-Comment êtes-vous perçue par les hommes que vous côtoyez ?
Je peux dire que le comportement est assez divers. Il y avait trois catégories de personnes : Le 1er groupe, c’est des gens plus critiques, très retissant. Le 2ème groupe : pessimistes, qui disent : on va voir ; ils sont un peu sceptiques Le 3ème :c’est des gens qui acceptent que si les femmes sont engagées, elles peuvent faire bouger les choses et elles sont plus honnêtes ; ça c’est au niveau de la population. Au niveau de mes collègues, il y avait beaucoup de méfiances au départ. Ils se demandaient comment j’allais me comporter, en général j’ai quand même eu beaucoup de respect et de considération. Ils ont finalement compris que pour moi : femme ou homme, c’était la même chose; l’essentiel, c’est d’accomplir la tâche qu’on t’à confié. Quant ils se sont rendus compte que je ne faisais pas de discrimination et que je ne tenais pas à leur montrer que c’était moi le chef, et que je travaillais en équipe avec eux, ils ont beaucoup suivi et appuyé ce que je fais. Il faut reconnaître qu’il est quand même difficile à une femme d’occuper des postes de responsabilité compte tenu des contraintes socioculturels.

5-Madame comment entendez-vous assurer la promotion de la femme ?
Je demande aux femmes de faire attention, de faire correctement le travail qu’on leur confie c’est à dire : l’exemple du bon comportement. Quand on a la possibilité de choisir, de nommer des gens, il faut privilégier les candidatures féminines et s’assurer qu’elles ne soient pas figuratives seulement, mais compétentes au même titre que les hommes. Dans le cadre de mon projet , je veille à ce que les femmes aient accès au crédit pour leurs activités génératrices de revenus, car on ne peut pas faire la promotion de la femme sans parler de ces activités, de l’indépendance économique, également de formation et de scolarisation des filles. Je veille à ce que les femmes soient moins chargées ; en leur creusant des puits à proximité, en leur octroyant des moulins etc.…….afin qu’elles puissent laisser les filles étudier. Concernant les candidatures des femmes chaque fois qu’il y a des possibilités dans mon département je nomme les femmes, grâce à dieu les femmes que j’ai nommé à des postes de responsabilité étaient à la hauteur. Je suis pour le système de quota à compétence égale.

6-Quelles sont vos ambitions sur le plan national, international ?
J’espère que toutes les femmes aillent en avant et moi avec, plus haut que tout ça. Il n’ y a pas de raison qu’elles ne postulent pas : président de l’assemblée, de la République et des grandes institutions, même si il y a peu de chance que cela se passe dans l’immédiat. Il faut un début à tout. Si on veut progresser il faut quand même faire la politique. Là où les décisions se prennent il faut être là-bas si non tu ne sera qu’exécutant. Je veux continuer mon chemin avec le maximum de femmes. Il faut beaucoup de femmes dans des postes de responsabilité ; que ce ne soit plus un étonnement pour les hommes qu’une femme occupe un certain poste de haut niveau au Mali.

7- Pour les élections à venir, allez-vous briguer un poste électif ?
Tout dépendra de l’évolution de la situation et de ce que ma base politique pense de ça. Je crois que si réellement il y a des Maliens et des Maliennes qui pensent que j’ai la capacité d’être député ou autre chose il n’y a pas de raison que je ne réponde pas à leur sollicitation.

8- Quel appel aimeriez-vous lancer à l’égard des autres femmes ?
Il est très simple c’est aussi un slogan que votre association a retenu « femmes assumons pleinement notre citoyenneté ».Nous sommes des citoyennes à part entière et nous jouons un rôle très important dans le développement économique, social et culturel du pays. Tout cela ne peut se faire si nous restons à l’écart de ce qui se passe autour de nos. Engageons-nous, acceptons de combattre auprès des hommes même si c’est difficile, battons-nous pour nous-même. Il faut prendre son courage à deux mains. Il faut accepter de traverser des périodes difficiles et résister à tout ça et de dire que c’est une lutte de longue halène. On ne sait jamais à l’avance qu’est ce qui va se passer. Mais il faut se dire qu’un jour ça viendra. Il faut avoir du courage, de la patience, de l’engagement de la persévérance et du sérieux dans tout ce qu’on fait. L’avenir de nos enfants est entre nos mains. Il faut accomplir notre devoir de génération. Nos enfants vont récolter le fruit du combat que nous menons aujourd’hui.
Je vous remercie!!!

© cofem
mai 2001 -juin 2002

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