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Déclaration du Collectif des femmes du Mali Depuis plus de deux décennies, le peuple malien est dirigé par un régime apparaissant aujourd'hui, comme l'un des derniers bastions du pouvoir totalitaire, rétrograde et fasciste. Alors que partout l'heure est à l'ouverture multipartiste impliquant un dialogue franc et ouvert avec toutes les sensibilités populaires, la transparence et l'alternance au pouvoir, au Mali, Moussa Traoré, sourd à tous les appels, aveugle devant tous les spectacles, se croit seul habilité, à travers son parti unique, l'Union démocratique du peuple malien (UDPM), à décider du sort et de l'avenir du pays ; au nom d'une légitimité constitutionnelle caduque. Or, si de façon générale, il ne fait de doute pour personne que le parti unique a fait faillite, au Mali, l'échec de l'UDPM a été encore plus patent dans sa gestion politique et économique du pays. l'UDPM a sécrété et conforté des cadres militants incompétents, vaniteux et véreux, plus soucieux de leurs intérêts matériels individuels que de ceux de la collectivité. L'économie nationale a été gaspillée, les deniers publics vidés et détournés à des fins personnelles. Les sociétés et entreprises d'État furent bradées, nos richesses naturelles, patrimoine collectif de notre peuple, sont exploitées au profit d'un clan. La conséquence de cette situation que nous vivons dramatiquement, est la paupérisation de nos masses, l'instauration d'une misère noire côtoyant le luxe le plus inouï, l'hypothèque de l'avenir de millier de jeunes dont une grande partie peuplent déjà nos rues, sans travail et sans espoir d'en avoir. Une autre conséquence subséquente à la précédente, est le recul des valeurs : perte de dignité pour des milliers de maliens et de maliennes, prostitution, mendicité et banditisme pour nos femmes, nos filles et garçons, situations conflictuelles endémiques dans des foyers, rénouement avec le plus bas instinct de l'homme. Les patriotes qui osent dénoncer cette situation sont assimilés par le pouvoir à des ennemis, gratifiés des qualificatifs et des accusations les plus infamants. A leurs revendications légitimes, il oppose le mépris et la force répressive, plongeant le pays dans une véritable p. A leurs revendications légitimes, il oppose le mépris et la force répressive, plongeant le pays dans une véritable psychose de guerre civile. La situation de la femme pendant ces deux décennies a été encore plus éprouvante. Les femmes constituent aujourd'hui la couche la plus fragile de la population, à côté des enfants. Leur taux d'analphabétisme est considérablement : 91%, dont 72% en zones urbaines et 95¨% en zones rurales, selon un récent sondage de l'UNICEF. Il y a donc une menace de plus en plus accrue pour elles d'améliorer leur productivité par l'accès à la formation et aux techniques nouvelles, de connaître et de défendre leurs droits. La misère déverse chaque année des jeunes rurales en quête d'un travail salarié dans les centres urbains. Ces jeunes filles, mineures pour la plupart, vivent généralement dans des conditions peu sécurisantes dans les villes. Sur le marché du travail et de l'entreprise, les femmes sont par leur sexe. Les différents textes juridiques et constitutionnels (Code du mariage, de la parenté, du travail, de procédure pénale, Constitution de 1974), contiennent des articles aliénants pour la femme. Leurs aspects positifs sont constamment bafoués. Les femmes restent encore victimes des traditions et des coutumes rétrogrades. Elles subissent dans leur grande majorité, le martyr dans leurs foyers : injustices, exploitation de leur force de travail, sévices corporels et autres brimades. Éternelle mineure et éternelle soumise, la femme n'a pas le droit à la parole ; elle n'est pas considérée comme responsable. On annihile sa volonté en lui enseignant les vertus de l'endurance de ses aïeules, en perdant de vue que toute valeur culturelle est négociée en permanence en fonction des opportunités et des aspirations de chaque génération d'hommes et de femmes, faute de quoi, elle devient un goulot d'étranglement. C'est aussi la femme qui est la plus grande victime de la déscolarisation actuelle. l'Union nationale des femmes du Mali (UNFM), seul cadre reconnu à l'expression féminine, n'a pas su résoudre les problèmes de fond du monde féminin, n'ayant eu d'autre ambition que celle de consolider le régime en place, grâce au déploiement de tous les moyens logistiques dont elle fut dotée. Elle n'a pas su, après dix sept ans d'existence, élaborer de technique d'approche indépendante et appropriée des questions féminines. De surcroît, l'allégeance de l'UNFM à l'UDPM, son alignement inconditionnel et aveugle derrière ce parti sclérosé et son chef en cette ère de pluralisme d'opinions et de démocratie l'a discréditée aux yeux de la plupart des citoyennes maliennes et a exaspéré la population. Mais l'UDPM a plus qu'échoué dans sa gestion du pays. Désormais, notre histoire s'écrit en lettres de feu, avec le sang de nos martyrs, qu'il fait couler dans une horreur rarement atteinte ailleurs dans notre continent. Pendant longtemps, des générations se souviendront des massacres perpétrés par le régime de Moussa Traoré sur nos populations, principalement durant ces trois derniers mois. Les journées du 22, 23 ; 24 mars 1991, ont été particulièrement effroyables. Quelle femme digne de ce nom n'est-elle hantée par ces corps d'enfants, d'hommes et de femmes sauvagement arrachés à la vie ? Tout fut utilisé : grenade lacrymogènes et offensives, matraques, mitrailleuses BRDM, lance-flammes, balles à fragmentation. Tous les interdits furent effroyablement violés : on tira sur des personnes dans les hôpitaux, dans les cimetières, dans les mosquées, dans les prisons, lors des prières funèbres. Même les pauvres malades mentaux errants ne furent pas épargnés. Le bilan est lourd en ce jour : près de deux cents morts sur l'étendue du territoire, des centaines de blessés. Nous les femmes, en tant que principales éducatrices et principales gardiennes de nos valeurs, avons été particulièrement traumatisées par cette atmosphère répressive et, l'UNFM, plus que n'importe quelle autre structure du pouvoir en place, aurait dû se prononcer fermement, dénoncer ces massacres perpétrés contre nos époux, nos enfants, nos pères, nos, ères, nos fils et nos filles. Son silence est coupable. Sa responsabilité est lourde devant l'histoire. Sa disqualification est totale. Devant cette situation de désarroi, pourrions-nous nous taire plus longtemps ? Comment pourrions-nous justifier devant l'histoire notre silence et notre passivité ? Conscientes de nos responsabilités, nous avons donc décidé de nous regrouper en un Collectif, en nous assignant comme objectif majeur d'empêcher que ne se reproduisent plus jamais les conditions qui ont abouti au drame actuel. Nous revendiquons notre droit à la différence d'opinions au sein d'une structure que nous avons librement choisie. Nous refusons de nous mettre sous la tutelle d'aucun parti et d'aucun clan. Nous refusons d'être un simple instrument du pouvoir avec comme vocation principale de faire de l'animation folklorique et de gonfler les listes électorales. Nous entendons, nous prononcer de façon responsable et autonome sur les problèmes qui nous concernent en tant que femmes mais également sur le débat en cours dans notre pays, débat qui n'a d'autre enjeu que la démocratie. De façon générale, nous entendons, nous définir sur tous les grands problèmes que posent notre société et notre temps au plan économique, politique et socioculturel. A toutes celles qui veulent se battre pour l'avènement d'un Mali pluraliste, libre et prospère où régneront la justice sociale, une meilleure gestion et une meilleure répartition de nos richesses, à toutes celles qui refusent d'être infantilisées et qui aspirent à un cadre propice, à une réelle émancipation de la femme, nous lançons un appel : Ceignons-nous les reins autour du COFEM, le Collectif des femmes du Mali. C'est l'histoire qui nous interpelle. Notre combat est une exigence. Bamako, le 25 mars 1991 |
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