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L’ACSALF (Association canadienne des sociologues et anthropologues de langue française) tiendra les 22, 23, 24 octobre 2008 son premier colloque annuel à Montréal. Ce colloque sera un moment exceptionnel où les anthropologues et les sociologues habituellement dispersés dans de multiples domaines d’étude et œuvrant dans de nombreuses disciplines pourront se réunir ensemble sur la base d’un thème commun, celui de la critique sociale et de ses rapports à nos disciplines. Deux axes organiseront les échanges : le premier, la sociologie et l’anthropologie des formes de critiques sociales et le second, l’esprit critique dans nos disciplines.
Vous avez jusqu’au 12 février pour soumettre un projet d’atelier, de table ronde ou une autre activité dans le cadre du colloque (maximum 600 mots) et jusqu’au 1er mars pour soumettre une communication (maximum 400 mots).
APPEL À COMMUNICATION POUR LE PREMIER COLLOQUE INTERNATIONAL DE L’ACSALF
Mutations, obstacles et tremplins de la critique sociale
Un dialogue nord-sud des Amériques
L’ACSALF (Association canadienne des sociologues et anthropologues de langue française) tiendra les 22, 23, 24 octobre 2008 son premier colloque annuel à Montréal. Ce colloque sera un moment exceptionnel où les anthropologues et les sociologues habituellement dispersés dans de multiples domaines d’étude et œuvrant dans de nombreuses disciplines pourront se réunir ensemble sur la base d’un thème commun.
Ce thème sera celui de la critique sociale et de ses rapports à nos disciplines. Deux axes organiseront les échanges : le premier, la sociologie et l’anthropologie des formes de critiques sociales et le second, l’esprit critique dans nos disciplines.
Comme repère préliminaire, la critique sociale peut se définir comme étant la mise en relief des fondements et des limites de l’ordre sociale existant. Elle se fait à partir de discours et de pratiques ouvrant sur les possibilités de la constitution d’autres formes d’existence et de vie sociale.
Vous avez jusqu’au 12 février pour soumettre un projet d’atelier, de table ronde ou une autre activité dans le cadre du colloque et jusqu’au 1er mars pour soumettre une communication. Vous devez soumettre votre projet avec un titre, un résumé d’au plus 400 mots pour une communication et de 600 mots pour un projet d’activité avec vos coordonnées et ceux des participants pour une proposition d’activité à l’adresse : acsalf@inrs-ucs.uquebec.ca (Gabriela Coman).
Les propositions seront soumises à un comité d’évaluation scientifique selon les normes habituelles.
Pour des renseignements supplémentaires sur la tenue du colloque (tarifs, hébergement, etc.) veuillez consulter le site de l’ACSALF à www.acsalf.ca. À noter que la langue principale du colloque est le français et des communications en anglais et en espagnol peuvent être soumises.
De nombreuses discussions préparatoires au colloque ont mené à la présentation des thèmes autour desquels s’articuleront les deux axes d’étude de la critique sociale. Le texte de présentation, de réflexion et de questionnements qui suit vise à guider et inspirer votre contribution au colloque. Il vous est toutefois possible de déborder les thèmes mis de l’avant en faisant une proposition au comité organisateur du colloque.
Réflexions préalables aux choix des thèmes pour l’appel de communications.
Aujourd’hui les possibilités techno-scientifiques des sociétés occidentales permettent un vaste accès à des modes de plus en plus créatifs et diversifiés d’appréhension et de transmission des connaissances. Par ailleurs, des contraintes marchandes, institutionnelles et politiques restreignent les formes de production et les lieux de pénétration des connaissances, en sciences sociales notamment. Cette conjoncture d’apparence paradoxale a inspiré le thème de ce colloque. Il nous est en effet apparu pertinent de faire l’état des lieux sur la portée socioculturelle et politique des travaux de sociologie et d’anthropologie, et ce, tant du point de vue des intellectuels que celui des acteurs sociaux engagés dans différents champs.
Les sociologues et anthropologues ont toujours accordé une attention particulière pour comprendre, analyser et mettre en relief les dilemmes des discours et des pratiques relevant de la critique sociale. Suivant cette préoccupation disciplinaire, le premier colloque international de l’ACSALF souhaite engager et poursuivre un réseau de dialogues croisés autour de la critique sociale : entre le nord et le sud des Amériques; entre les sociologues et les anthropologues issus des milieux académiques et ceux oeuvrant dans différents champs sociaux (santé, développement, etc.); entre les intellectuels et les acteurs de la critique sociale; avec les créateurs engagés dans diverses formes de manifestations artistiques.
Pour donner lieu et forme à ces échanges, ce colloque débordera la forme classique des rencontres académiques. Au mode traditionnel de présentation (conférences, communications, tables rondes, affiches) s’ajouteront des espaces pour les échanges et les débats avec des collègues latino et sud-américains et avec les tenants de la critique sociale dans notre société sur leur participation, leurs constats et leurs questionnements entourant les mouvements actuels de la critique sociale. Diverses présentations artistiques (films, théâtre, arts visuels, photos) ponctueront cet événement de dialogue et de réflexion.
LE PREMIER AXE : ANTHROPOLOGIE, SOCIOLOGIE ET PLURALITÉ DES FORMES DE LA CRITIQUE SOCIALE AUJOURD’HUI.
De nombreuses recherches anthropologiques et sociologiques portent en partie ou en totalité sur l’étude des mouvements sociaux et des idéologies contemporaines. Ces travaux décrivent, critiquent, analysent et caractérisent; ils développent et situent leurs propres discours par rapport à ceux issus de leur terrain d’étude. Quel état des lieux pouvons-nous dresser des formes que prend la critique sociale à travers nos champs de recherches diversifiés? Quelles pistes d’analyses pouvons-nous avancer sur la constitution et la pertinence de la critique sociale aujourd'hui?
Assistons-nous actuellement à une régression de la réflexivité critique des citoyens, dans les organisations et dans les institutions? Peut-on parler de fragmentation et de portée limitée des discours relevant de la critique sociale? Comment leur crédibilité et leur capacité de diffusion se sont-elles transformées au cours des dernières décennies? Quels en sont les nouveaux obstacles et les nouveaux tremplins? Comment les lieux d’exercice de la critique sociale se sont-ils déplacés et reconstitués? Est-elle de plus en plus encadrée dans des groupes spécialisés; a-t-elle réduit son espace en se logeant dans le domaine du privé et du caché? Dans quelle mesure l’actuelle distribution morcelée des savoirs rend caduc le partage élargi que constitue une réflexivité critique sur ses conditions sociales d’existence des populations?
Les craintes formulées au sujet de la régression dans les discours et les pratiques de résistances et de critiques sociales ne doivent-elles pas être mises en perspective par une analyse des mutations actuelles entourant les cibles, les contenus et les formes de la critique sociale? Y-a-t-il de nouveaux lieux, de nouveaux modes, de nouvelles organisations et institutions qui donnent des conditions et valorisent l’exercice de la critique sociale par les citoyens? L’intensification des modes et des possibilités de communication aujourd’hui, notamment l’internet, avec sa capacité de favoriser l’éclosion de réseaux sociaux ne produit-elle pas des formes originales de regroupements et de renouvellement de la critique sociale dans ses contenus et ses formes?
En somme, quelles analyses et explications apportent l’anthropologie et la sociologie pour comprendre la critique sociale actuelle, en identifier les obstacles, les mutations et les tremplins de son déploiement?
Premier volet : La critique sociale dans l’action
Dans la société québécoise et canadienne, des regroupements ont été dans le passé fortement identifiés à la critique sociale de par leurs discours et leurs actions. Les syndicats, les mouvements étudiants et communautaires, les organisations politiques de gauche, les groupes de femmes en furent les plus percutants. Aujourd’hui, d’autres regroupements, organisations et institutions émergent : les forums sociaux, l’Institut du nouveau monde, les mouvements écologiques, pacifiques (Échec à la guerre), et de consommation responsable, du Québec solidaire, etc.
Dans tous ces mouvements et organisations, quelque soit l’époque de leur émergence, comment s’exerce aujourd’hui, dans les conditions et les possibilités actuelles, la réflexivité critique? Dans quelle mesure est-elle partie prenante de leurs activités quotidiennes? Quelle portée sociale et politique peut-on leur attribuer? Qu’en est-il dans des sociétés sud-américaines?
Voici quelques domaines (thèmes) de la critique sociale dans l’action :
Le mouvement communautaire
L’engagement et les organisations communautaires, lieux de discours critiques et de mobilisations de diverses natures dans le passé, face aux restructurations du secteur social, aux exigences de services aux citoyens, aux règles de son financement ces regroupements continuent-ils à assumer une fonction de critique sociale dans ces nouvelles conditions? De quelle manière, malgré les obstacles, se redéploiement une réflexivité critique? À quelles mutations assisteront dans ces milieux pour articuler le sens de l’engagement, la lutte pour les droits et la délivrance des services aux populations?
Le mouvement syndical
Traditionnellement associés à la critique sociale, comment les organisations syndicales transigent-elles aujourd’hui avec les multiples transformations sociales, économiques et politiques qui traversent de part en part le marché du travail? Dans quelle mesure ces mutations donnent lieu à de nouvelles formes de pratiques et de discours de critique sociale? Considérés par les lucides québécois comme des freins au développement économique et par les militants de gauche comme des corporatistes au service des intérêts de leurs membres, comment les syndicats se positionnent-ils dans la société actuelle? Comment, dans quelles sphères d’activités se fait aujourd’hui la lutte pour la justice, la dignité et l’égalité historiquement liée à l’engagement syndical?
Le mouvement étudiant
Depuis quelques années on assiste à d’importantes mobilisations étudiantes autour du thème général de la marchandisation de l’éducation : coupures dans le régime de prêts et bourses; publicités diverses (voiture, cartes de crédit, etc.) dans les établissements d’enseignement; dégel des frais de scolarité… Comment cette force nouvelle, portée par la jeunesse actuelle participe-t-elle à une réflexivité critique sur nos choix de société?
Les groupes de femmes
À l’avant garde de profondes transformations sociales des années 1970-1980, le mouvement des femmes s’est consolidé dans de multiples organisations et regroupements touchant divers aspects de la vie des femmes (violence, équité, parité, services de toutes sortes (santé, support psychologique, orientation, prévention, accompagnement pré-per-post-natal, etc..). Qu’en est-il aujourd’hui de leur engagement, de leurs actions, de leur participation à la critique sociale actuelle? Comment se positionnent-ils aujourd’hui comme force de changement social? Peut-on toujours parler de « un » mouvement de femme?
L’engagement politique et les mouvements sociaux
De nombreux mouvements émergent, prennent un place à l’avant-scène, disparaissent et réapparaissent suivant les événements et les conjonctures économiques et politiques particulières. Il peut s’agir de fermetures d’écoles ou d’usines, de préoccupations environnementales, de coupures de subvention, etc... Au delà des raisons ponctuelles de regroupement, sur quelles bases communes s’organisent aujourd’hui les mouvements sociaux et politiques? Comment comprendre l’engagement politique des citoyens? Dans quelle mesure les formes traditionnelles, telles les partis politiques mobilisent encore cet engagement? Que sous-tendent les nouvelles formes spontanées et créatives d’activismes politiques? Comment s’inscrivent-elles dans une critique sociale de l’ordre existant? S’agit-il de fragmentation des forces ou de regroupement en réseaux des personnes et des groupes malgré la multiplicité des appartenances politiques?
Les inégalités sociales et la pauvreté
Des regroupements au Québec et au Canada sont mobilisés autour des enjeux liés aux inégalités sociales et à la pauvreté. Depuis quelques années au Québec, une loi anti-pauvreté a été adoptée sous l’initiative d’un regroupement d’organismes anti-pauvreté. Cette victoire législative est associée à la fécondité et l’aboutissement d’un tenace engagement dans la critique et le changement social. Dans quelle mesure ces mobilisations fructueuses, arrivent-elles à freiner la tendance générale à la croissance des inégalités socioéconomiques dans les sociétés occidentales? Comment et où oeuvrent-elles dans ce contexte? Quels sont les ancrages politiques de ces organisations? Dans quelle mesure cet engagement social et politique sur une question législative précise (un choix de société) peut-elle être un site de lecture (et de critique) des contraintes transnationales des économies locales?
Le développement
De nombreuses organisations œuvrant dans le domaine du développement sont dans de profondes remises en questions aujourd’hui. Dans quelle mesure la critique du développement est-elle en voie de devenir la critique de la notion de développement? Comment cet esprit critique se manifeste dans les populations et chez les intervenants des pays en « développement »? Comment les organisations américaines (au nord comme au sud) modifient leurs perceptions, participent voire intègrent des éléments de la critique sociale du développement?
Les services au citoyen : éducation, santé, services sociaux, culture
De nombreux enjeux se posent partout dans ces secteurs d’activités (développement et subvention des technologies; rareté et qualification du personnel, restructuration, etc.). Un des plus saillants, est la privatisation des services publics. Au Québec et au Canada, plusieurs regroupements se mobilisent en éducation, en santé et dans la culture, dans l’éventualité de résister à la marchandisation de ces secteurs. Comment parviennent-ils à sensibiliser la population à ces préoccupations? Comment le développement des technologies des communications interfèrent-ils dans le développement de ce mouvement? En quoi peut-on inscrire les actions et les prises de positions de ces mobilisations dans une logique de critique sociale?
La critique sociale autochtone
La grande majorité des populations autochtones connaissent et vivent encore aujourd’hui dans des conditions d’exclusion, d’injustices et de vulnérabilités sociales. En quoi les transformations des contenus et des formes qu’ont connues les discours critiques et les actions de revendications ont-elles des effets dans les perceptions de ces populations? En quoi le discours des anthropologues et des sociologues a modifié les perceptions du reste de la société? En quoi la collaboration entre les groupes autochtones, les anthropologues et les sociologues a participé à la réception de leurs revendications ou à la définition de concepts clés pour la reconnaissance de leurs droits? Quelle place les recherches menées par les organisations autochtones ont-elles au sein d’un mouvement de critique sociale sur les questions amérindiennes? Comment la judiciarisation des dossiers autochtones ou le recours aux cabinets d’avocats pour régler les questions de revendications ont-elles eu une influence sur le travail des anthropologues et des sociologues?
Deuxième volet : la recherche-action sociale. L’information sociologique et anthropologique qui peut être mobilisée pour une réflexivité critique et pour des transformations sociales
Ce volet vise à explorer en quoi les recherches académiques et professionnelles en anthropologie et en sociologie contribuent à la critique sociale. Comment ces apports s’élaborent-ils et se manifestent-ils? En quoi les recherches des sociologues et des anthropologues dans les diverses institutions constituent-elles une forme de critique sociale?
Peut-on parler de communication entre les savoirs en sociologie et en anthropologie et les tenants de la critique sociale? Dans quelle mesure les approches et les contenus trouvent résonance chez les personnes engagés dans l’action sociale? Comment sont utilisées ces connaissances produites à partir d’une position de distanciation du chercheur et de perspectives disciplinaires particulières? Dans quelles mesures ces apports de la sociologie et de l’anthropologie favorisent-ils un pluralisme de penser nécessaire à la critique sociale? Comment faire aujourd’hui la critique de la critique? Sous un autre plan, qu’en est-il de la diffusion des savoirs sociologiques et anthropologiques dans les formats médiatiques actuels? En quoi ces technologies en élargissent-elles l’accès?
Le questionnement de ce deuxième volet peut être développés autour des thèmes proposés dans le premier volet et être élargi à d’autres à partir de propositions concrètes d’activités qui donneront lieu si possible à un dialogue entre les anthropologues et les sociologues et les tenants de la critique sociale d’un domaine.
Troisième volet : La critique sociale dans l’art et la création
Ce troisième volet fera appel aux créateurs artistiques auquel nous réserverons des lieux et des moments de manifestation. Autour de ces événements artistiques des activités d’échanges entre les sociologues, les anthropologues, du nord et du sud, les personnes engagées dans l’action de la critique sociale seront organisées. Il s’agira de voir ensemble comment les diverses formes d’expression artistique porteuse d’une intention de critique sociale (théâtre d’intervention, documentaire, photo, vidéo) participent-elles à une sensibilisation et une mobilisation citoyennes.
Certaines formes d’art se caractérisent par leur capacité de se manifester comme une transgression à l’ordre établi? Dans quelle mesure la création artistique critique exprime-t-elle la morosité, la déprime face aux enjeux majeurs de nos sociétés? Comment à l’inverse indique-t-elle de nouvelles voies pour le redéploiement de la critique sociale, pour l’espérance dans le changement? Dans quelle mesure la notion de société, de réalité sociale est-elle présente dans les terrains d’expérimentations artistiques? Comment s’y conjuguent l’esthétique et la référence au social?
DEUXIÈME AXE : L’ESPRIT CRITIQUE DANS NOS DISCIPLINES
La sociologie et l’anthropologie comme disciplines soumises à des politiques institutionnelles dans un contexte socioculturel, économique et politique particulier.
Le champ universitaire comporte un ensemble de discours et de pratiques d’encadrement et de normalisation qui influent directement sur la position sociopolitique qu’occupent les intellectuels en sciences humaines et sociales aujourd’hui. Tout comme les autres champs névralgiques des sociétés occidentales modernes, la production et la transmission des connaissances sont soumises de plus en plus à des politiques néo-libérales exigeant des obligations de résultat et des redditions de comptes…
À cet égard, ces dernières années, les luttes institutionnelles dans le champ des sciences économiques au Québec et ailleurs, entre les économistes hétérodoxes et néolibéraux, peuvent être considérer comme exemplaire des enjeux de la politique scientifique et de régulation de la connaissance liant à la fois les nécessités d’un pluralisme institutionnel difficile à conserver et ceux à la fois plus généraux d’un pluralisme de la connaissance diffusée aux citoyens : ce que l’on a affublé du vocable de la pensée unique en économie.
Cette pression économique se conjugue à un rapport socio-culturel au travail intellectuel. Dans ce contexte général est-ce que les savoirs sociologiques et anthropologiques sont restreints à un espace utilitaire limitant leur appréhension de leurs existences comme culture intellectuelle partagée? L’explicitation et la mise de l’avant de la culture intellectuelle de nos disciplines pourraient-elles constituer une alternative à la prédominance de la valorisation fonctionnelle actuelle? Ou autrement, la pluralité des approches et des méthodologies d’étude du social nous a-t-il menés inéluctablement au relativisme laissant le plein chemin à l’influence des politiques scientifiques plus ou moins favorable à nos disciplines ?
Reconduire l’esprit critique face à la gestion de la recherche inspirée des politiques néo-libérales nécessite-t-il l’explicitation des bases et la mise en valeur systématique de la culture intellectuelle propre à l’anthropologie et la sociologie dans nos recherches et nos enseignements? Demande-t-il de revoir la conception de nos recherches et la diffusion de celles-ci auprès des populations étudiées pour fonder de nouvelles alliances avec les tenants de la critique sociale?
Premier volet : Cultures institutionnelles et politiques scientifiques
En quoi ces disciplines sont elles produites et développées dans un espace clos de cultures institutionnelles et de politiques scientifiques? Dans quelle mesure la formation dispensée et reçue n’est-elle pas tributaire des conditions de surcharge ou de précarité dans la pratique de l’enseignement collégial et universitaire actuellement? Quels effets les pratiques des nouvelles cultures institutionnelles fondées sur la performance et l’obligation de résultat dans une logique de limitation des ressources confinent-elles les sociologues et les anthropologues à une production destinée à un lectorat disciplinaire, conformément à un style, une forme et un contenu standardisé, à une reproduction du même en quelque sorte? En quoi l’évaluation et la reconnaissance institutionnelle du métier de sociologue et d’anthropologue aujourd’hui limitent-elle une contribution intellectuelle engagée dans des processus de critique, de vigilance, de résistance, de transformations socioculturelles et politiques? Dans quelle mesure cela ne va pas jusqu'à invalider les co-productions de savoirs, le partage et le rayonnement des connaissances entre les milieux universitaires et les divers champs de pratiques et de discours critiques? Dans quelles mesures des formes de résistance et de contournements de ces exigences peuvent être élaborées?
Deuxième volet : Les savoirs disciplinaires dans le Québec contemporain : anti-intellectualisme culturel, socioéconomique et technologique. Qu’en est-il au sud des Amériques?
Au sortir de la « grande noirceur ”, le nouveau Québec illuminé de ses grands projets identitaires et de développement social et culturel a laissé dans l’ombre une part de ses ancrages historiques et culturels. Associées en grande partie à la démocratisation de l’éducation de sa population, les transformations socio-historiques des dernières décennies ont généré un clivage entre une partie « instruite » de sa population et une autre « le bon peuple » construit à même la production de connaissance. Le Québec n’est pas devenu la cité éducative que certains sociologues espéraient.
Comme en écho, en surplomb de cette notion de bon peuple, un anti-intellectualisme ambiant occupe l’espace public et se manifeste dans l’appréhension et la définition des enjeux sociopolitiques qui occupent (et préoccupent) la société québécoise actuellement. Comment comprendre et composer avec (dépasser?) ce mouvement de résistance auquel doivent faire les sociologues et les anthropologues désireux de s’engager dans des démarches de co-construction de savoirs avec les acteurs sociaux? Comment transmettre le goût et l’importance de penser, de s’engager dans des démarches dynamiques de distanciation et la proximité dans l’enseignement de nos disciplines et plus généralement? Dans quelle mesure un « jugement de classe» tacite et réciproque entre les universitaires et les acteurs aux prises avec des impératifs d’urgence ne limite-t-il pas la portée des réflexions et des connaissances sociologiques et anthropologiques; et même la légitimité sociale de la présence de leur regard dans la compréhension des réalités et des problématiques sociales. Comment les anthropologues et les sociologues du sud composent-t-ils avec la confiance et les « méfiances » sociale à leur égard?
En prolongement à cet héritage socioculturel, une autre forme d’anti-intellectualisme s’impose avec de plus en plus d’autorité dans les sociétés néo-libérales aujourd’hui. Dans quelle mesure la tradition de pragmatisme associée au Nouveau Monde renforcée par la nouvelle gestion managériale des institutions depuis l’arrivée des « gestionnaires de crise » des années 1990 n’achève-t-elle pas de délégitimer le travail de recherche des sociologues et des anthropologues? Comment insérer la démarche intellectuelle propre à nos disciplines dans la logique de l’obligation de résultat qui oriente les politiques institutionnelles? Avons-nous le devoir de s’engager dans une production de savoirs qui participent à poser un regard critique sur ces politiques généralisées à l’ensemble de la société? Comment participer sans pour autant inscrire la recherche anthropologique et sociologique dans une démarche utilitariste, ou dans le savoir des « experts» qui étouffent la pertinence de penser? Comment les chercheurs du sud composent-ils avec ces limitations?
Troisième volet : Médias et critique sociale
Finalement, le puissant champ des médias, imprégné de part en part des logiques de l’économie néo-libérale, produit des formes de connaissances soumises à des contraintes de temps, d’effets et de coûts qui rendent obsolètes la réflexion approfondie, la mise en dialogue de la distance et la proximité propres aux démarches de recherche et à la production de connaissances sociologiques et anthropologiques. Comment les sociologues et les anthropologues peuvent-ils se soustraire à cet amincissement de la pensée sans se retirer dans leurs tours disciplinaires? Comment ces fabuleux canaux de diffusion peuvent-ils être appropriés par les chercheurs comme des tremplins de transmission, de rayonnement en dehors des milieux académiques? Qu’en est-il de l’appropriation des modes de diffusions électroniques au sud des Amériques?
Ce premier canevas de positionnement socioculturel, historique et économique du développement de l’esprit critique dans les disciplines anthropologiques et sociologiques aujourd’hui se veut une mise en contexte pour faire l’état des lieux, on pourrait dire des limites et des possibilités de développement de l’esprit critique dans nos disciplines.
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